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Créer une mare pour la biodiversité : conception, gestion de l’eau et étanchéité avec bâches sur mesure

Résumé Les mares correspondent à des milieux aquatiques stagnants de faible surface et de faible profondeur, généralement isolés du réseau hydrographique principal. Elles constituent des habitats d’intérêt écologique majeur, notamment dans les paysages agricoles et périurbains où les zones humides naturelles ont fortement régressé au cours du XXe siècle. La disparition des mares traditionnelles, liée au drainage agricole, à la mise en culture des prairies humides et à l’évolution des pratiques agricoles, a contribué au déclin de nombreuses espèces associées aux milieux aquatiques temporaires ou permanents.

Du point de vue écologique, les mares jouent un rôle important pour les amphibiens, les odonates, les coléoptères aquatiques, les hétéroptères aquatiques, les mollusques et de nombreuses plantes hygrophiles. Elles constituent des habitats de reproduction, d’alimentation et de refuge. Elles participent également aux continuités écologiques en servant de relais dans la trame bleue, en particulier pour les espèces dont les déplacements sont limités.

Les mares peuvent ainsi être considérées comme des milieux humides de substitution permettant de compenser partiellement la disparition des zones humides naturelles. Leur création s’inscrit souvent dans des démarches de restauration écologique, de gestion agroécologique des exploitations agricoles ou de projets pédagogiques dans les établissements d’enseignement agricole.
Billet

Fonctionnement écologique d’une mare


Organisation en compartiments écologiques


Le fonctionnement écologique d’une mare repose sur l’interaction entre plusieurs compartiments : la colonne d’eau, les sédiments, la végétation aquatique, la végétation de berge et les organismes vivants. La mare constitue un écosystème aquatique lentique caractérisé par une forte interaction entre les milieux aquatiques et terrestres.

On distingue généralement plusieurs zones écologiques au sein d’une mare : la zone profonde, la zone littorale peu profonde, la zone de végétation amphibie et la zone de berge. La diversité de ces zones conditionne en grande partie la richesse biologique de la mare. Les zones peu profondes sont particulièrement importantes pour la reproduction des amphibiens et le développement de la végétation aquatique.

La production primaire est assurée par les algues et les plantes aquatiques, qui constituent la base des chaînes alimentaires. Les invertébrés aquatiques jouent ensuite un rôle important dans la transformation de la matière organique et constituent une ressource alimentaire pour de nombreux vertébrés.

Rôle biogéochimique et hydrologique


Les mares jouent également un rôle dans les cycles biogéochimiques, notamment pour l’azote et le phosphore. Elles peuvent fonctionner comme des zones de décantation des matières en suspension et comme des zones de transformation de la matière organique. Les sédiments peuvent stocker une partie des nutriments et contribuer à l’épuration partielle de l’eau.

Sur le plan hydrologique, les mares peuvent participer au ralentissement du ruissellement, à l’infiltration de l’eau dans les sols et au stockage temporaire de l’eau en période humide. Elles peuvent ainsi contribuer à la régulation hydrique à l’échelle de la parcelle ou de l’exploitation agricole.

Conception d’une mare : principes écologiques et techniques


Choix de l’emplacement et intégration dans le paysage


Le choix de l’emplacement d’une mare doit prendre en compte la topographie, la nature du sol, l’hydrologie locale, l’occupation du sol et les continuités écologiques. Une mare implantée à proximité d’éléments semi-naturels comme des haies, des prairies permanentes, des bandes enherbées ou des zones boisées aura généralement un intérêt écologique plus élevé qu’une mare isolée dans une parcelle cultivée.

Il est également important de tenir compte des écoulements d’eau et des zones de ruissellement afin de permettre une alimentation naturelle de la mare. Toutefois, il convient d’éviter les zones recevant des écoulements chargés en produits phytosanitaires ou en fertilisants.

Morphologie et profils bathymétriques


La morphologie de la mare doit favoriser la diversité des habitats. Il est généralement recommandé de prévoir des profils bathymétriques variés avec des pentes douces, des zones très peu profondes et une zone plus profonde permettant le maintien de l’eau en période sèche. Les pentes trop abruptes limitent l’installation de la végétation et l’accès de la faune à la mare.

La présence de zones de faible profondeur favorise le développement de la végétation hélophyte et constitue des habitats importants pour les amphibiens et les invertébrés aquatiques. La zone plus profonde permet de limiter le réchauffement excessif de l’eau et de maintenir une zone en eau permanente dans certaines conditions.

Gestion de l’eau et alimentation hydrologique


L’alimentation hydrologique d’une mare peut provenir de différentes sources : précipitations directes, ruissellement, écoulements de subsurface, nappe superficielle ou drainage agricole. Le bilan hydrique d’une mare dépend de l’équilibre entre les apports en eau, l’évaporation et les pertes par infiltration.

Dans les régions à climat tempéré, l’évaporation estivale peut être importante et entraîner une baisse significative du niveau d’eau. La profondeur de la mare, la surface en eau, l’ombrage et la perméabilité du sol influencent fortement la dynamique hydrologique de la mare.

Il est généralement recommandé de prévoir un dispositif de trop-plein afin d’éviter les débordements et l’érosion des berges lors des épisodes pluvieux importants.

Étanchéité de la mare et solutions techniques


Étanchéité naturelle et propriétés des sols


L’étanchéité d’une mare dépend en grande partie de la nature du sol. Les sols argileux présentent généralement une faible perméabilité et permettent de maintenir l’eau sans aménagement particulier, à condition que le sol soit correctement compacté. Les sols limoneux peuvent également être relativement imperméables s’ils sont bien compactés. En revanche, les sols sableux ou graveleux présentent une forte perméabilité et nécessitent généralement la mise en place d’un dispositif d’étanchéité.

Le compactage du fond de la mare peut permettre d’améliorer l’étanchéité dans certains cas, notamment lorsque le sol contient une fraction argileuse suffisante. L’apport d’argile ou de bentonite peut également être utilisé pour améliorer l’imperméabilité du sol.

Membranes d’étanchéité et systèmes de couverture sur mesure


Lorsque les solutions d’étanchéité naturelle ne sont pas suffisantes, il est possible d’utiliser des membranes d’étanchéité, également appelées géomembranes. Ces membranes doivent être protégées par un géotextile afin d’éviter les perforations dues aux cailloux, aux racines ou aux contraintes mécaniques.

Selon la taille de la mare, sa forme et les contraintes du site, il peut être nécessaire d’utiliser une membrane adaptée aux dimensions du projet. Dans ce contexte, l’utilisation d’une bâche de protection sur mesure permet d’adapter la membrane à la géométrie de la mare ou de l’aménagement hydraulique, tout en assurant une bonne continuité de l’étanchéité et une mise en œuvre plus simple.

L’utilisation de membranes permet de créer des mares dans des sols très perméables et d’assurer la pérennité de l’aménagement sur le long terme. Toutefois, ces solutions doivent être mises en œuvre avec précaution afin de limiter les risques de perforation et d’assurer la stabilité des berges.

Colonisation biologique et dynamique écologique


Après la mise en eau, la colonisation biologique de la mare se fait généralement de manière progressive. Les micro-organismes, les algues et certaines plantes aquatiques peuvent apparaître rapidement. Les invertébrés aquatiques colonisent la mare par dispersion aérienne ou par transport passif. Les amphibiens peuvent coloniser la mare s’il existe d’autres points d’eau à proximité.

La dynamique écologique de la mare dépend ensuite de la végétation aquatique, de la qualité de l’eau, de la profondeur et des interactions entre les espèces. Une mare évolue naturellement vers un comblement progressif par accumulation de matière organique et de sédiments. Cette évolution peut être ralentie par une gestion adaptée, notamment par des opérations de curage partiel espacées dans le temps.

Gestion écologique et entretien


La gestion écologique d’une mare vise à maintenir une diversité d’habitats et à éviter le comblement trop rapide de la mare. Il est généralement recommandé de ne pas intervenir trop fréquemment et de conserver une partie de la végétation aquatique et de la végétation de berge.

Le curage doit être réalisé de manière partielle et espacée dans le temps afin de conserver des zones refuges pour la faune. Il est également important d’éviter l’introduction de poissons dans les petites mares, car ils peuvent fortement réduire les populations d’amphibiens et d’invertébrés aquatiques.

La mise en place d’une zone tampon enherbée autour de la mare permet de limiter les apports de nutriments, de sédiments et de produits phytosanitaires.

Synthèse et perspectives pour les aménagements agroécologiques


La création de mares constitue une action de génie écologique relativement simple pouvant contribuer à la restauration de la biodiversité, à la gestion de l’eau et à la mise en place d’infrastructures agroécologiques dans les paysages agricoles et les établissements d’enseignement agricole. Les mares jouent un rôle écologique, hydrologique et pédagogique important et participent aux continuités écologiques et au fonctionnement des agroécosystèmes.

La réussite d’un projet de mare repose sur la prise en compte de plusieurs facteurs, notamment le choix de l’emplacement, la conception morphologique, la gestion de l’eau, l’étanchéité et la gestion écologique du milieu. Dans les sols perméables, l’utilisation de membranes d’étanchéité ou de systèmes de couverture adaptés peut être nécessaire pour assurer la pérennité de la mare et le maintien du niveau d’eau.

La création de mares s’inscrit ainsi dans les démarches de transition agroécologique, de gestion durable de l’eau et de restauration des habitats favorables à la biodiversité.
Date de publication 03.04.2026